Ce drame est un événement marquant, qui s’est déroulé dans la commune de Joncreuil, en pleine révolution française. Divers récits ont été écrits sur l’affaire, vous trouverez ici l’exposé du docteur Valentin, qui rapporte assez bien les faits de l’époque. Ensuite vous trouverez un extrait du procès verbal, rédigé par la gendarmerie de Chavanges
Assassins de la ferme de Parnolles (par le docteur Valentin)
Copié le 12 décembre 1914 par Mme Carrouge Choppin - Chavanges (Aube) Recopié le 10 octobre 1995 par Jean Arnoult.
Près des limites de l'arrondissement de Vitry se dirigeant sur Chavanges on a traversé au delà de Drosnay, le bois de Dampierre et le village d'Arrembécourt, il est facile d'apercevoir à peu de distance sur sa gauche, un groupe de bâtiments isolés couverts en tuiles rouges et entourés de quelques grands arbres. C'est la ferme de Parnolles qui fut cette année témoin d'une tentative d’empoisonnement sur sept ou huit de ses habitants, mais dont le nom seul, évoque du passé les plus lugubres souvenirs.
Cette partie du bocage n'a pas toujours été aussi aisément accessible qu'elle l'est aujourd'hui. Depuis peu d'années seulement de larges voies de communications solides et bien entretenues la pénètre en y portant l'activité des relations et du progrès; mais jusqu'alors son sol argileux détrempé à la moindre pluie, retenant l'eau à sa surface, n'offrait dés l'approche de la mauvaise saison que des chemins presque impraticables et que rendaient encore peu sûrs pour le voyageur attardé des bois nombreux et assez étendus dont elle est parsemée.
En 1793, la ferme de Parnolles avait pour propriétaires les sieurs et dames Roy, qui l'habitaient avec un fermier Pierre Gallot originaire d'Outines et un assez nombreux personnel. Les habitations, quoique séparées, étaient contiguës; et tout en ayant confié à un autre les intérêts de son exploitation, Mr. Roy pouvait exercer par lui-même la surveillance la plus immédiate.
Ce dernier ne passait pas pour obligeant ni facile. Un ton habituel de hauteur et de rudesse, un amour-propre démesuré de l'injustice et ses ouvriers ne pouvaient lui concilier ni l'estime ni l'affection générale. Parlant aussi à tout propos de sa fortune tout en faisant preuve d'un grand esprit de parcimonie, s’y vantant même trop souvent de ses trésors cachés, c'en était assez à cette époque, surtout où tant de mauvaises passions fermentaient, pour éveiller de coupables convoitises. Faire naître même les plus horribles projets
Le six décembre, jour de saint Nicolas, il avait invité à souper plusieurs parents et amis des localités voisines. Car quoique toute cérémonie du culte fut abolie on persistait pas moins dans beaucoup d'endroits écartés et malgré la rigueur de décrets à célébrer certaines fêtes en familles. Mais soit par crainte de se compromettre en ces moments de terreur, soit à cause du mauvais temps, aucun des invités étrangers à la ferme, n'avait cru devoir de s'y rendre. La soirée en effet était des plus sombre et une brume épaisse et froide enveloppait de bonheur l'atmosphère. Ayant dans l'après-midi de ce jour, accompagné à Outines pour objet de son ministère Maître Pavie son beau-frère notaire à Arrembécourt et l'affaire s'étant terminée un peu tard, on dut éclairer leur mise en voiture et les premiers pas de cheval. M. Pavie voulait rentrer directement chez lui mais sur les instances réitérées de son parent, il mit pied à terre à la maison où l'on arriva qu'après six heures. M. Roy attendu par un marchand de grains de Brienne accompagné une femme de la même ville, épouse d'un nommé: M.....
Il y avait donc ce jour-là entre sept et huit heures à la ferme de Parnolles chez le propriétaire: M. Roy et Marie-Jeanne Royer son épouse; Maître Pavie notaire; le marchand de Brienne et la femme de M. Charton berger natif d'Arrembécourt et Marie Musseaux servante; chez le fermier celui-ci et sa femme née Moulerez avec leurs enfants âgés de quelques mois seulement; Antoine Huot et Angélique Bertel domestique également d'Outines, et un autre petit dont le nom n'a pas était consigné. Treize personnes attendaient les unes et les autres les apprêts du souper. Madame Roy y donnait chez elle la dernière main, quand un grand tumulte mêlé de cris aigus fixa tout à coup l'attention. Ces cris portaient du domicile du fermier que venait d'envahir un groupe d'hommes armés au visage sinistre et effrayant et qui mettait la mort avec deux de ses serviteurs
Le jeune enfant que la fermière assise près du foyer tenait sur ses genoux, lui fut violemment arracher des bras et jeté sur un lit voisin, elle-même grièvement blessé d'un large coup de sabre à la figure et du son salut qu'à la suite du désordre et de la nuit pour aller se cacher dans un tas de paille au milieu des champs. Cependant à la première alarme le berger de M. Roy, N. Charton occupé à tailler la soupe avait saisi son bâton pour courir au secours, mais en ouvrant la porte il se trouva face à face avec plusieurs des assassins, il se rue sur eux attaquant et se défendant à outrance jusqu'à ce qu'épuisé par une blessure qui lui déchira le poignet, il parvienne à s'échapper dans la campagne.
Dés ce moment l'habitation de monsieur Roy est occupée à son tour: celui-ci s'avançant d'un air d'autorité: " Pas si vite messieurs" , s'écrit-il, " on vous connaît ? ". Mais on lui répondit par des menaces de mort et l'on s'assure de sa personne: Son beau-frère et le marchand de grains de Brienne, après quelques efforts désespérés de résistance, sont massacrés sous ses yeux. Quand à la femme il paraîtrai d'après certaines traductions qu'elle jeta sa coiffure à terre en criant plusieurs fois " ne me faites pas de mal je ne suis pas de la maison", et qu'un des brigands lui répondit " Tais toi nous le savons bien. Toujours est-il qu'elle fut épargnée, ce qui en outre contribua longtemps à faire croire à sa complicité et à celle de son mari, qu'on accusa d'être au nombre des acteurs de cette scène affreuse. C'est qu'environ dix minutes au auparavant elle avait prétexté un motif d'absence de quelques instants coïncidence malheureuse et peut-être injuste. Mais les moyens d'investigations d'abord ne furent pas capables de détruire une telle prévention dans l'esprit public. Mme Roy, masquée par la porte qui s'était ouverte sur elle, sortit précipitamment pendant la lutte et se réfugia sous les harnais de l'écurie puis elle s'enfuit du côté d'Arrembécourt, s'égara pendant plusieurs heures et n'atteignit ce village qu'après minuit. La servante Messeaux descendue à la cave se blottit sous des tonneaux. Enfin M. Roy au milieu des émotions et des horreurs de ce carnage, conduit, sous promesse de la vie, dans diverses parties de sa maison pour livrer ses trésors, n'en aurait ensuite été massacré achevé à coups de pelle à feu. Selon une autre version la moins accréditée, il aurait au contraire succombé un des premiers et ce serait son fermier qui dans l'espoir du salut se serait vu forcé de déclarer le lieu où il avait aidé son maître à cacher des sommes importantes.
Quoi qu'il en soit le but de cette audacieuse et criminelle action, ne fut que le vol. Après avoir fait main basse sur les valeurs, trouvées, ces misérables étaient sans doute encore occupé à partager le produit de leur forfait, quand des bruits étrangers inattendus vinrent les troubler. C'était le tocsin et le roulement du tambour. M. Charton échappé de la ferme s'était sauvé, vers Joncreuil distant de douze ou treize cents mètres qu'il ne gagnait qu'avec peine, autant brisé par l'émotion qu'affaiblit par le sang qu'il perd. Son récit et la vue de sa blessure glacent d'épouvante et d'indignation. Il faudrait courir au secours des victimes. Mais on délibère longtemps on s'encourage on s'organise enfin et dans ces moments d'alarme on bat le rappel et l'on court au clocher. Aussi lorsque les habitants de Joncreuil armés de tous ce qu'ils avaient pu trouver, arrivent à Parnolles, les assassins avaient quitté les lieux. Ils ne trouverons que des cadavres; six, d'autres disent sept jonchaient le sol. C'était ceux de Jacques Roy Jacques Pavie, Germain Prime, Pierre Gallot, Antoine Hot et Angélique Bertel. M. Charton et la fermière survécurent à leurs blessures. Cette dernière Habite depuis la ville d'Arcis sur Aube où elle s'était remariée. Son enfant si heureusement jeté de coté devient plus tard le sieur Gallot Royer d'Outines où il est mort âgé depuis quelques années seulement.
Qui étaient-ils et d'où venaient les auteurs d'un tel attentat. En fouillant les alentours et sur l'indication de traces accusatrices on ne tarda pas à découvrir à la distance d'un kilomètre et demi, dans un petit bois appelé le buisson La Miarde, des piétinements de terrain dus au séjour en cet endroit de plusieurs chevaux. Dans l'après-midi de ce jour, deux cavaliers à l'air farouche et armés de long sabre, étaient passés à Joncreuil se dirigeant lentement vers la ferme. D'autres en plus grand nombre s'étaient réunis à Bailly le Franc; mais le rendez-vous général était ce petit bois près du quel en passant à leurs retour d'Outines nos voyageurs n'avaient pourtant rien aperçu, ni rien entendu ainsi qu'un domestique que madame Roy inquiète de leur rencontre. On fixait à 15 ou 18 le nombre de ces malfaiteurs. A cette époque déjà et jusqu'aux premier commencement de l'Empire, des bandes de brigands ramassis de vagabonds, de déserteurs des armées, de tout ce que les grandes villes avaient de plus abject, infestaient principalement nos départements de l'est. S'introduisant la nuit et au besoins de vive force dans les fermes et les maisons isolées, ils se saisissaient des personnes et leurs chauffaient les pieds jusqu'à ce qu'elles déclarassent le lieu où elles avaient caché leur argent. De là le nom de chauffeurs qui leurs était donné. Ceux dans la triste histoire nous accuse, auraient fait partie de la bande Grissan du nom de leur chef d'odieuse mémoire qu'avait été le principal meurtrier de la belle et infortunée princesse de Lamballe finit plus tard pour d'autres méfaits par être exécuté à Troyes.
Il fut alors difficile de croire que des étrangers à la localité eussent seuls accompli ce projet sans avoir au moins été guidé par quelques complices connaissant bien les gens et les lieux. On dit même que reconnus par les malheureuses victimes, elles auraient du à cette circonstance de n'avoir eu aucun quartier.
Aussi des accusations tacites ne tardèrent pas à se porter sur plusieurs individus des alentours, mais soit qu'elles eussent été exagérées, soit que la peur et plus tard la gravité d'une accusation directe impose silence aux révélations aucune investigation n'aboutit. Un des bandit toutefois, aurait été poursuivi à franc étrier pendant plusieurs jours par un officier de gendarmerie jusqu'à Nancy où sa piste fut perdue. Un autre signalé par le berger comme ayant reçu de lui dans la lutte un vigoureux coup de bâton sur l'œil et un coup de couteau sur le bras, aurait momentanément arrêté dans les environs de Chaumont encore munit autour de sa blessure d'un mouchoir appartenant à Madame Roy, ou à sa fermière. Cet indice n'eut pas de suite et la justice de ces temps si bouleversés, fut impuissante à saisir un coupable.
Pendant bien longtemps le nom de Parnolles fut un sujet d'effroi pour le pays. Peu à peu les préventions s'affaiblirent et il ne restera ensuite de cette horrible boucherie qu'un souvenir pénible des soupçons vagues et l'impunité d'un grand crime.
Merci d’être allé jusqu’au bout Au revoir et soyez prudent.